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Illustration générique temporaire de Chez Slug, montrant des notes et curiosités de fantasy sur une table de taverne.

Chez Slug

Trois jours avec des aventuriers

Le journal d’un aubergiste qui découvre qu’héberger des héros demande moins de courage que de patience, de linge propre et de cuillères de rechange.

19 septembre 2026humour fantasytémoignageaubergiste

Chronique prête à jouer

Premier jour

Ils sont arrivés avant la pluie, ce qui aurait dû me rendre méfiant. Les voyageurs ordinaires arrivent pendant la pluie, trempés, reconnaissants et disposés à payer une soupe. Ceux-là sont entrés secs, couverts de boue ancienne et suivis par un mulet qui portait davantage de couteaux que ma cuisine.

La femme en cotte de mailles a demandé quatre chambres communicantes, une fenêtre donnant sur la cour, deux sorties possibles et le prix de la cave. J’ai expliqué que la cave n’était pas à louer. Elle a noté quelque chose dans un carnet.

Le grand silencieux a inspecté les poutres. Pas admiré : inspecté. Il a tapé trois fois sur chacune, puis m’a demandé si quelqu’un était mort dans la chambre six. J’ai répondu que non. Il a paru déçu, mais professionnellement.

Le plus jeune a commandé du lait chaud. Les trois autres se sont moqués de lui jusqu’à ce qu’il pose sur la table une bourse qui respirait. Après cela, personne n’a parlé du lait.

Ils ont payé d’avance. J’ai décidé de ne pas m’inquiéter.

Chronique prête à jouer

Deuxième jour

À l’aube, ils avaient déplacé les lits contre les portes. Ils ont remis les meubles en place, sauf une chaise qu’ils affirmaient avoir trouvée cassée. Je connais cette chaise depuis vingt-deux ans. Elle avait survécu à deux mariages, une inondation et au mandat de l’ancien bourgmestre. Je n’ai pas discuté.

Au petit déjeuner, ils ont interrogé chaque client séparément sur les cloches entendues dans la nuit. Il n’y avait pas eu de cloches. Il y avait eu Borel, le chevrier, qui ronfle avec une régularité religieuse. Ils ont tout de même payé sa consommation pour qu’il recommence. Borel n’avait jamais été rémunéré pour dormir. Il envisage désormais une carrière.

À midi, la femme en cotte de mailles m’a demandé qui livrait la bière, à quelle heure, par quelle porte et si le brasseur avait des ennemis. J’ai répondu que le brasseur avait une épouse. Elle a encore noté quelque chose.

Le soir, ils ont organisé une veillée dans la salle commune. Pas une fête : une veillée. Ils se sont assis dos au mur, ont laissé une place vide près du feu et ont surveillé la soupière. Mes habitués ont trouvé cela très divertissant. À la fermeture, la bourse respirante a éternué et produit une pièce d’or.

Je n’ai pas gardé la pièce. Je ne suis pas idiot.

Chronique prête à jouer

Troisième jour

Ils ont enfin expliqué qu’ils cherchaient une créature capable de prendre la forme d’un objet domestique. J’ai regardé ma salle. Eux aussi.

Nous avons commencé par les tabourets, puis les cruches, puis la grande horloge qui retarde depuis toujours. Chaque objet devait être touché avec une baguette d’argent. À chaque fois, le jeune homme au lait chaud disait : « Rien. » Au bout d’une heure, toute l’auberge attendait le verdict. Même Borel s’était réveillé.

La créature était la chaise cassée.

Elle n’était pas cassée quand ils l’avaient trouvée. Elle faisait semblant depuis la veille, espérant être jetée derrière l’écurie pour s’enfuir à la nuit. Quand la baguette l’a touchée, elle a déplié six pattes et couru vers la cuisine. Le mulet l’a arrêtée d’un coup de sabot sans même cesser de mâcher.

Les aventuriers ont enveloppé la chose dans ma meilleure nappe. Ils ont promis de la rapporter. J’ai demandé qu’ils gardent aussi la nappe.

Avant de partir, la femme en cotte de mailles m’a remis une petite bourse pour les dégâts. Le grand silencieux a réparé la vraie chaise. Le jeune homme a bu son lait près de la fenêtre. Le quatrième, que je n’avais presque pas entendu parler, m’a donné un conseil : ne jamais louer la cave à des aventuriers.

Je lui ai dit que c’était déjà ma règle.

Depuis leur départ, l’auberge paraît trop calme. Borel ronfle, l’horloge retarde et aucune bourse ne respire. J’ai replacé la chaise réparée près du feu.

Je vérifie tout de même ses pieds chaque soir.

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