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Illustration générique temporaire de Chez Slug, montrant des notes et curiosités de fantasy sur une table de taverne.

Chez Slug

Pourquoi personne ne demande le prénom du garde

À la porte d’une ville, un garde voit passer les héros, leurs urgences et leurs prophéties sans que personne pense à lui demander comment il s’appelle.

19 septembre 2026humour fantasychroniquegarde

Chronique prête à jouer

La porte du levant

Je m’appelle Ansel.

Je le dis tout de suite parce que personne ne le demande jamais.

À la porte du levant, les voyageurs demandent si la route est sûre, si les bandits sont nombreux et si l’auberge du centre sert encore après minuit. Les aventuriers, eux, demandent qui commande la garde, où se trouve le temple et si quelqu’un d’étrange est entré récemment.

Je réponds. C’est mon travail.

Je peux décrire vingt-sept personnes étranges avant le déjeuner. Un marchand transporte des ruches vides qui bourdonnent. Une prêtresse voyage avec un corbeau qui refuse de regarder la ville. Un homme affirme être poursuivi par son propre portrait. Pourtant les aventuriers veulent toujours « le plus étrange » comme si nous tenions un classement à la caserne.

Nous n’en tenons pas. Pas officiellement.

Chronique prête à jouer

Les héros pressés

On reconnaît les héros à leur manière de ne pas voir la file.

Ils arrivent au galop, freinent devant ma guérite et annoncent que chaque seconde compte. Derrière eux, douze charrettes attendent depuis l’aube avec du grain, des poules et des papiers en règle. Je demande aux héros leurs noms. Ils répondent par leurs titres.

« Porteuse de l’Aube. »

« Dernier Héritier du Roc. »

« Celui-qui-a-vaincu-la-Nuit. »

J’écris comme je peux. Le registre n’a qu’une petite case.

Puis ils me demandent mon nom pour leur rapport. Non, cela n’est jamais arrivé. Je voulais simplement voir comment cette phrase sonnait.

Chronique prête à jouer

Ce que le garde sait

Les gens pensent qu’un garde de porte ne sait que lever une barrière. En réalité, je sais quel boulanger commence avant les autres, quel messager change de cheval sans boire et quelle famille prétend chaque semaine que sa chèvre est un animal diplomatique.

Je sais reconnaître les voyageurs qui fuient un danger de ceux qui fuient une dette. Les premiers regardent derrière eux. Les seconds regardent les tarifs affichés.

Je sais aussi quand ne pas poser de question. Une fois, cinq aventuriers sont sortis avec un cercueil vide et sont revenus avec six personnes. Je les ai laissés passer. À la relève, j’ai écrit : « effectif corrigé ». Le capitaine a souligné deux fois et n’a rien demandé.

Chronique prête à jouer

Une petite place dans l’histoire

L’hiver dernier, une jeune femme est arrivée seule, sans cheval, avec une épée trop lourde. Elle voulait rejoindre la compagnie qui devait sauver le val. Je lui ai indiqué l’auberge, le bureau des contrats et le cordonnier, dans cet ordre. Elle a protesté pour le cordonnier. Je lui ai montré la semelle qui se décollait.

Trois mois plus tard, la compagnie est revenue sous les cloches. La jeune femme marchait en tête. Toute la ville criait son nouveau titre, quelque chose à propos d’une flamme et d’un géant.

Elle s’est arrêtée devant ma guérite.

« Merci pour le cordonnier, Ansel. »

Puis elle est repartie avant que je trouve quoi répondre.

Depuis, je garde la porte comme avant. Je contrôle les sceaux, je compte les chariots et j’explique que non, une masse d’armes n’est pas un outil agricole même si elle a servi dans un champ.

Les héros continuent de passer. Ils demandent la route, les rumeurs, le nom du capitaine.

Cela ne me dérange presque plus.

Je m’appelle Ansel. La porte ouvre à l’aube. Et si vous partez vers le nord, faites réparer votre botte gauche avant le vieux pont.

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