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Illustration générique temporaire de Chez Slug, montrant des notes et curiosités de fantasy sur une table de taverne.

Chez Slug

Le gobelin qui voulait simplement terminer son service

Un gobelin chargé de surveiller une réserve pendant deux heures voit sa relève, son dîner et toute perspective de rentrer chez lui compromis par l’arrivée d’aventuriers.

19 septembre 2026humour fantasymicro-fictiongobelin

Chronique prête à jouer

Une heure et cinquante-sept minutes

Nib avait accepté de garder la réserve parce que le service durait deux heures et que deux heures, même dans une galerie humide, finissent toujours par passer.

La consigne était simple : rester devant la porte, ne laisser entrer personne et remettre la clé à Grol lors de la relève. À midi, Nib rentrerait manger la tourte aux champignons préparée par sa tante. Il y pensait depuis le matin.

La réserve contenait trois sacs de farine, une caisse de clous, deux casques bosselés et le fauteuil du chef, mis à l’abri pendant qu’on réparait le toit. Rien qui mérite une aventure.

À onze heures cinquante-sept, Nib entendit des pas dans le tunnel.

Il consulta le sablier posé près de son tabouret. Presque vide.

« Je ne suis plus vraiment là », annonça-t-il au tunnel.

Quatre silhouettes apparurent tout de même.

Chronique prête à jouer

La négociation

La première portait un bouclier brillant. Elle demanda ce qu’il gardait.

« La réserve. »

« Que contient-elle ? »

« Les choses de la réserve. »

Cette réponse, qui satisfaisait chaque gobelin du terrier depuis des générations, sembla passionner les inconnus.

Le deuxième s’agenouilla pour examiner la serrure. Nib posa son pied devant.

« On ferme bientôt. »

« Une réserve secrète ? » demanda le troisième.

« Non. Une réserve fermée. Ce n’est pas pareil. »

La quatrième personne, enveloppée dans une cape pleine de poches, proposa une pièce d’argent. Nib refusa. Il ne voulait pas être riche. Il voulait être ailleurs dans trois minutes.

Les aventuriers se consultèrent à voix basse. Ils prononcèrent les mots « piège », « otage » et « probablement magique ». Nib regarda la porte. Elle n’avait jamais paru aussi ordinaire.

Chronique prête à jouer

La relève en retard

À midi, Grol n’était pas là.

Nib retourna le sablier par devoir, puis regretta immédiatement ce geste. Les aventuriers l’interprétèrent comme le début d’un rituel.

La personne au bouclier demanda à parler à son chef. Nib expliqua que le chef faisait réparer son toit.

« Pourquoi son fauteuil est-il ici ? » demanda celle aux poches.

Nib se figea.

« Comment vous savez pour le fauteuil ? »

Ils ne le savaient pas. Ils avaient deviné. Leurs visages changèrent tous de la même manière, celle des gens qui viennent de transformer une hypothèse en certitude grâce à une question mal posée.

Le deuxième aventurier sortit de petits outils.

Nib tira sa lance. Elle était plus courte que celle dessinée dans le manuel de garde et légèrement courbée, mais elle suffit à interrompre le travail.

« Écoutez », dit-il. « Il y a de la farine, des clous, deux casques et un fauteuil. Vous pouvez revenir cet après-midi avec le chef, remplir un formulaire et regarder tout ce que vous voulez. Moi, je dois partir. »

« Pourquoi deux casques ? » demanda le troisième.

Nib ferma les yeux.

Chronique prête à jouer

Le véritable danger

Un fracas résonna derrière la porte.

Les quatre aventuriers se mirent en position. Nib reconnut le bruit : un sac de farine venait de tomber. Le mur du fond penchait depuis la saison des pluies et, vers midi, les taupes de la galerie basse grattaient sous les planches.

Un second fracas suivit, puis un grincement long.

Le fauteuil du chef.

Nib imagina le meuble basculant dans la farine, les clous répandus, le chef découvrant une rayure sur l’accoudoir. Sa tourte s’éloigna dans son esprit.

« Ouvrez », ordonna la femme au bouclier.

Cette fois, Nib obéit.

Le mur du fond s’était affaissé. Une taupe géante, aveuglée par la farine, tournait sur elle-même au milieu des clous. Le fauteuil reposait sur son dos comme une selle royale. Les deux casques avaient disparu sous l’animal.

Les aventuriers chargèrent avec le sérieux de gens qui avaient enfin trouvé la scène qu’ils espéraient. Nib, lui, attrapa le fauteuil.

La bataille dura moins d’une minute. La taupe s’enfuit par le trou qu’elle avait creusé. La farine recouvrit tout le monde. Le fauteuil ne reçut qu’une petite marque, facile à dissimuler sous le coussin.

Chronique prête à jouer

Fin de service

Grol arriva à midi vingt, essoufflé, un morceau de tourte à la main.

« Désolé. La tante de Nib voulait savoir pourquoi il n’était pas rentré. »

Nib lui tendit la clé.

Les aventuriers inspectaient le trou. Ils parlaient déjà d’un réseau souterrain, d’une reine des taupes et d’un trésor enfoui. Grol écoutait avec de grands yeux.

« Tu devrais les accompagner », lui dit Nib. « Ça compte comme le service. »

Il prit le morceau de tourte, passa devant la femme au bouclier et s’engagea dans le tunnel du retour.

« Attendez », cria-t-elle. « Vous ne voulez pas savoir ce qu’il y avait vraiment derrière ce mur ? »

Nib regarda la farine sur ses manches, le sable du sablier et la tourte déjà froide.

« Non. »

Il réfléchit, puis ajouta :

« Mais si vous trouvez un casque, il y en avait deux. »

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